Saint Roch de Montpellier 

Nous parlons de la particularité d’un saint d’être le plus populaire au monde et de toute l’histoire de l’Église et à la fois le plus entouré de mystère.

L’étendue et la rapidité avec laquelle s’est propagé le culte de St Roch se sont manifestées au moyen d’innombrables témoignages artistiques, culturels, caritatifs et de dévotion. Et des milliers d’écrits.

Il était au Moyen Âge comme l’écrit André Vauchez « l’ultime recours d’une population en détresse »

C’est un personnage historique du moyen âge, il est très difficile d’amener des affirmations quelle qu’elles soient dans un sens ou dans un autre, la prudence est de mise.

Pierre Bolle amène des hypothèses à partir d’une hypothèse et ce depuis de nombreuses années ce n’est pas nouveau.

Il émet des hypothèses certes travaillées, étayées, avec rigueur et avec une grande honnêteté, c’est un homme passionné qui peut-être passionnant mais ce qu’il avance sont des hypothèses, ce ne sont en aucun cas des affirmations et ne peuvent pas être prise comme telles.

Et ce n’est pas à la majorité des chercheurs sur Saint-Roch qui n’adhèrent pas aux conclusions de Pierre Bolle ,et a nous même qui d’ailleurs ne cherchons pas à démontrer son existence ou sa non existence, d’amener la preuve de l’existence de Saint-Roch de Montpellier parce que là ce serait prendre le problème à l’envers …

Nous n’avons rien à démontrer. Il n’y a pas de polémique ni à créer ni à alimenter.

Rapidement quelques éléments :

je suis parfaitement d’accord : les hagiographies ne sont pas des biographies historiques. Écrite après des années elles se veulent avant tout un récit édifiant mêlant des faits réels et imaginés

Nombreux sont les points qui peuvent être remis en question, non seulement dans la vie des saints, mais pour bon nombre de personnages historiques

Ce qui serait étonnant c’est que celles concernant saint Roch de Montpellier qui ont été écrites cent ans après sa mort, échappent à cette règle

De nos jours le tracé concernant la vie de saint Roch de Montpellier, à laquelle d’ailleurs Pierre Bolle à participé amplement avec Paolo Ascani Directeur du Centro internationale Studi Rocchiani rencontre la quasi unanimité des experts du personnage. En parfaite adéquation avec une chronologie historique elle situe le personnage entre 1349 et 1379

il y a une cohérence qui démontre de façon absolue un certain nombre de faits.

Que ce soit tous les hagiographes, tous, ou les experts, le lieu de naissance est Montpellier, la région de plaisance, la région phare, et le lieu de la mort à Voghera

et c’est bien dans la région de Plaisance que l’on trouve le plus de témoignages concernant Saint-Roch au XVe siècle

et c’est à Voghera que l’on trouve la première fête en 1392 en l’honneur du saint montpelliérain sur les statuts civils et criminels.

C’est là que son corps était vénéré, jusqu’à son vol, ou encore une tractation à la fin du XVe siècle avec Venise où il est depuis .Il est co-patron avec saint Marc de la sérénissime.

Alors qu’en est-il je cite de ce « doublet hagiographique « 

L’histoire nous a maintes fois démontrée que le culte des saints ayant le même nom ou un nom approchant était dans un premier temps associé, puis superposé, et ensuite le saint plus récent et surtout plus important venait surplanter le premier jusqu’à prendre une place unique et un culte unique.

  • il aurait été confondu avec Raco d’Autun, évêque et martyr, du VII siècle, Racho ou Rachou (latin Ragnobertus) fêté dans la région de Voghera en Italie ?

…et que la mention de la fête que nous trouvons sur les statuts civils et criminels de Voghera approuvés et signés par Visconti en 1392 pourrait être en l’honneur de l’évêque d’Autun

Je cite Paolo Ascani «  il y a dans la région de plaisance des témoignages sur Saint-Roch de Montpellier. Tout ce qui a trait à un saint Roch en Italie et dans cette region de Plaisance est lié à Saint-Roch de Montpellier et n’a rien a voir avec Saint-Roch d’Autun où il n’y avait pas de culte .

Nous avons en Italie le témoignage d’un livre liturgique d’un saint Roch précédant le nôtre dont le culte a glissé vers saint Roch de Montpellier mais nul ne peut dire qu’il s’agisse de saint Roch d’Autun »

Concernant la mention de Voghera de 1382

Il y a deux indices qui font pencher indubitablement vers Saint-Roch de Montpellier :

  • le premier le nom de saint sont cités en latin et au génitif :

et nous trouvons sancti Rocchi et non pas sancti Rochonis, le génitif de L’évêque d’Autun

  • le deuxième la date de la fête est indiquée en été et le 16 août est en été alors que la fête de l’évêque d’Autun se situe en janvier

Et alors le culte à Montpellier et dans l’Hérault : il s’agirait du même Raco d’Autun ? Peut-être si c’est le cas il a été surplanté au profit de saint Roch de Montpellier

Une remarque : c’est un saint VIIe siècle et on trouve peu de traces et tout d’un coup dès le 14e c’est une déferlante… juste après la mort de saint Roch de Montpellier !

Sur le petit thalamus, dans un document intitulé « cérémonial de l’an 1387» l’on trouve «le 16 août est la fête de Mgr Saint-Roch, enfant de Montpellier, et (il) et fondée une chapelle au (Jacobins)» cette annotation a été ajoutée en 1450.

Jean de la Vergne Évêque de Lodève établit en 1410 une confrérie de saint Roch. Une autre est créée en 1413 à Clermont-l’Hérault.

Une chapelle lui est dédiée en 1420-21 hors les murs , dans le couvent des Dominicains.

Un acte municipal de 1440 précise que, le 16 août, les consuls se rendent aux Jacobins (Dominicains) tandis que sonnent les cloches de notre Dame des tables.

Tout cela serait en l’honneur de l’évêque d’Autun ? et ce n’est qu’à partir de 1515 qui s’agirait de notre Saint-Roch

Le petit thalamus atteste aussi d’une procession en mars 1505, Consuls de la ville et Trinitaires (ordre consacré au rachat des chrétiens pris par les sarrasins) en tête, « et après s’en descendit au couvent des frères prescheurs à l’honneur de Monsieur Saint-Roc où quel est en l’église d’icellui est fondée la chapelle »

et si effectivement Racho ou Roc d’Autun avait un culte en Languedoc il n’a pas résisté au phénomène Saint-Roch,

On dit Saint-Roch de Montpellier et non pas Saint-Roch de Voghera alors que la ville accolées au nom des saints est celle où ils sont morts

  • d’une part parce que pendant très longtemps jusqu’à ce que l’historien montpelliérain François pétanque au début des années 70 ait trouvé la mention de la mort de Saint-Roch à Voghera on a cru que Saint-Roch était mort à Montpellier
  • et d’autre part et surtout l’énorme travail de notre association partout dans le monde pour que le nom de Saint-Roch soit lié à Montpellier puisque notre objet est la promotion de la ville au niveau historique culturel et touristique au travers de cet ambassadeur extraordinaire international et intercontinental qu’est Saint-Roch de Montpellier

J’en arrêterais là, Paolo Ascani viendra comme il le fait très régulièrement donner une conférence et dire en toute honnêteté intellectuelle et en toute prudence où nous en sommes concernant saint Roch de Montpellier premier semestre 2021

La majeure partie des historiens de Saint-Roch s’intéressent à tout l’impact sociologique et cultuel du personnage, et non pas sur l’historicité parce que ni cette conclusion d’hypothèses, ni d’autres réponses aujourd’hui et demain ne permettront d’affirmer qu’un saint Roch historique n’a pas existé

…et ce serait la même chose pour bon nombre de saint .

Pour conclure:

Saint Roch de Montpellier n’est pas un colosse aux pieds d’argile, c’est un monument dépassant largement la sphère cultuelle. Rien ni personne, hier, aujourd’hui ou demain n’a pu et ne pourra ébranler ce que représente ce patrimoine mondial pour l’humanité.

Anne-Marie Conte-Privat

septembre 2020

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