Sur les pas de saint Roch à Montpellier

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Ce circuit de 3 heures environ permet d’aller à la rencontre du Montpellier médiéval, des lieux contemporains à Saint-Roch, et de ceux liés à son histoire.

Pour une visite plus courte, d’une heure, faire les 1,2,3,16,17 et 18

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Départ de la place de la comédie:

Un des personnages les plus sympathiques du XIVème siècle est un jeune laïc natif de Montpellier, n’ayant laissé ni parole ni écrit et qui, dès sa mort, fut invoqué comme un grand saint.

L’Eglise le fête partout en Occident. Plusieurs papes accordent la faveur de lui ériger des sanctuaires. Privilèges et indulgences sont donnés aux confréries qui s’en réclament. La ville de Montpellier lui dédie une chapelle en 1420 et célèbre sa fête le 16 août. Clément VII ou Benoît XIII ont-ils proclamé la sainteté de Roch dès le XVème siècle ? Quoi qu’il en soit, en 1629, Urbain VIII confirme son culte par deux textes qui reconnaissent implicitement ses vertus thaumaturges et la sainteté de sa vie.

Le culte de Saint-Roch part en Italie de Voghera, et de la région allant de Plaisance à Brescia, puis de Venise. En France, de Lodève et du Puy, puis de Montpellier. Il gagne ensuite toute l’Europe, à partir de la Belgique et des Pays Bas, et traverse l’océan pour gagner les colonies espagnoles et portugaises d’Amérique, les Antilles…

Les pèlerins, des confréries, des corporations de métiers se mettent sous son patronage.

Des villes, des quartiers, des rues, des lacs, des collines, des forêts, des caps portent son nom, non seulement en France, Italie, Espagne et Europe, mais jusqu’en Argentine, Colombie, Afrique, aux Antilles, à Madagascar, aux Philippines, aux Etats-Unis, au Canada, au Brésil…

Protecteur des animaux et des végétaux, il est l’intercesseur le plus aimé du monde paysan. Des centaines de lieux fêtent Saint-Roch le 16 août.

On dénombre des milliers d’églises, de chapelles, d’oratoires qui lui sont dédiés dans le monde entier : 3 000 en Italie où 250 paroisses, 74 villes et 36 quartiers dans les cités les plus importantes portent son nom.

Saint-Roch de Montpellier, saint protecteur et guérisseur de la peste, a connu une gloire extraordinaire –peu de saints ont été aussi célèbres entre le XVème et le XVIIIème siècle- suscitant des centaines d’ouvrages, et la plus grande représentation d’un saint dans l’art, avec des œuvres parmi les plus importantes du patrimoine culturel international, mais aussi celles de petits artistes et artisans.

Le culte de Saint-Roch est, de nos jours, toujours lié à ses vertus thaumaturges.

Il est à remarquer que toutes les manifestations liées au saint, qu’elles soient cultuelles, culturelles ou festives, sont empreintes d’élans authentiques, spirituels, loin des folklores et des mondanités.

Figure moderne et charismatique délivrant un message universel de générosité et de paix, qui est plus que jamais d’actualité, il continue à susciter l’émotion populaire, et à rassembler.

Son culte a, de nos jours, une dimension internationale et intercontinentale.

Pour se rapprocher du personnage, il faut tout d’abord comprendre quelle est l’époque de Saint-Roch. Quel est son contexte. Nous en parlerons tout au long de la visite.

Le XIVème siècle est une période de crise démographique. C’est l’époque des grandes famines. La mort de Philippe le Bel et la crise dynastique va amener la guerre de Cent ans avec l’Angleterre et sa conséquence, les grandes compagnies de Routiers qui sèment la terreur dans les campagnes.

C’est dans ce contexte difficile qu’apparaît la terrible peste de 1348-1352, qui fit en Europe 25 millions de morts.

Philippe VI de Valois est roi de France depuis 1328. En 1349, il rattache la seigneurie de Montpellier à la couronne.

En 1350, il meurt victime de la peste et son fils lui succéde : Jean II, dit le Bon pour sa bravoure et son esprit chevaleresque, sera roi de France jusqu’en 1364.

 

1 – Place de Compostelle : elle rappelle que Montpellier était une étape importante de la via Tolosana sur le chemin de Saint-Jacques.

2 – Maison de Saint-Roch 19 bis rue de la Loge : on peut visite son puits les jours d’ouverture du magasin.

3 – Hôtel de Varenne 2 place Pétrarque : ensemble médiéval le plus représentatif, magnifique salle voûtée d’ogives du XIVème donnant sur un puits. Ecusson de Saint Roch et vestiges de Notre Dame des Tables.

 

Parlons  de l’époque de Saint-Roch

  • La naissance de l’humanisme, dont Pétrarque (1304-1374) et Boccace (1313-1375) sont les pionniers.
  • L’essor de la poésie mystique, avec Brigitte de Suède et Catherine de Sienne. On redécouvre Hildegarde de Bingen.
  • La fondation de nombreuses universités à Paris, Vienne, Cracovie, Pavie, Prague…
  • La fondation de l’empire aztèque.
  • Les constructions de l’alcazar de Séville, de la cathédrale d’Ulm, de la Bastille à Paris, du campanile de Giotto à Florence, de la cathédrale d’Amiens, première oeuvre de gothique flamboyant en 1373.
  • L’apparition des premières lunettes et du premier parfum alcoolisé offert à Charles V : « l’eau hongroise » à base de cèdre, romarin et térébenthine.
  • L’apparition du franc qui restera en place jusqu’au 1 janvier 2002.
  • Et pour le Languedoc meurtri, les persécutions contre les Cathares continues, qui dureront jusqu’en 1374.

 

4rue de l’Aiguillerie, une des plus vieilles rues de Montpellier

5Notre Dame des Tables (église actuelle) rue du Collège : ancienne chapelle du Collège des Jésuites, elle a pris ce nom au XIXème siècle, et renferme un tableau et des œuvres dédiés à Saint-Roch.

Le Montpellier de l’époque de Saint-Roch

Pendant un siècle et demi, les rois de Majorque sont seigneurs de Montpellier jusqu’à ce que Jacques III la vende, le 18 avril 1349, à Philippe VI de Valois, roi de France.

En ce milieu du XIVe siècle, Montpellier est l’une des villes les plus importantes et les plus peuplées du Midi et la deuxième ville du royaume. Capitale intellectuelle d’Occident par son université, profondément pieuse, elle peut faire figure de capitale de la chrétienté. En 1273, il fut fortement question d’y tenir le concile œcuménique qui, finalement, eut lieu à Lyon, en 1274, sous le pontificat de Grégoire X.

Ville de 40 hectares, de 40 000 habitants, de 10 000 habitations, ceinte de 3,8 km de remparts de 8 m de haut, avec 25 tours de défense et 11 portes, elle est l’un des principaux centres d’affaires et de commerce, par terre et par mer, grâce à son port de Lattes.

D’un lacis de rues étroites émerge le toit pointu de Notre-Dame-des-Tables où est vénérée, depuis le XIIe siècle, une vierge en bois noir thaumaturge, ramenée de croisade par Guilhem V. Elle concentre la vie sociale, intellectuelle, universitaire, administrative et spirituelle de la cité. La Vierge y est patronne de la ville.

 

6Plan de la Chapelle Neuve, lieu de rencontre des pèlerins et des érudits qui aimaient s’y retrouver avant de reprendre leur route vers l’Italie ou l’Espagne. Ici s’échangeait « le savoir » de toute l’Europe.

7Rue du Pila saint Gély, puis Impasse du Chapeau Rouge avec l’immeuble le plus vieux de Montpellier, à une ancienne entrée de la ville où se trouvait l’hôpital du Saint Esprit, ordre fondé par Gui de Montpellier.

8Boulevard Louis Blanc, qui suit le tracé de la commune clôture, l’enceinte médiévale qui faisait près de 4 km de long, 8 m de haut, 2 m de large, avec 25 tours et 11 portes, voir l’une des dernières portes : celle de la Blanquerie.

9Rue de l’Université : dans les locaux du Rectorat, les bâtiments du XVIIIème de l’ancien hôpital Saint Eloi, l’un des principaux établissements d’accueil des pèlerins.

10Rues du Four Saint Eloi et de la Corraterie puis la Tour des Pins, sur le boulevard Henri IV.

Une des deux tours de la commune clôture qu’il reste de nos jours (avec celle de l’observatoire). A son sommet, des Pins, depuis toujours semble-t-il, car la tradition est fort lointaine… Nostradamus, dans un de ses versets, prophétisait que si les pins mouraient, Montpellier disparaîtrait.

11Cathédrale saint-Pierre (revenir sur ses pas), ancienne chapelle du Monastère Saint Benoît et Saint Germain fondée par Urbain V en 1367 (siège de l’Evêché depuis 1536), les murs actuels datent du XVIIème.

 

 Parlons un peu de la papauté

La papauté n’est plus à Rome depuis 1305 qui voit l’élection d’un français, Bertrand de Got : Clément V. Celui-ci finira par se fixer à Avignon en 1309, la papauté y restera 68 ans.

Jean XXII, Benoît XII qui entreprendra la construction du palais des papes.

Clément VI. qui achète à Jeanne de Naples, comtesse de Provence, la ville d’Avignon.

Innocent VI qui est élu pape en 1352 ; il est conseiller du roi.

Un bénédictin languedocien va lui succéder en 1362 : Guillaume de Grimoard, sous le nom d’Urbain V.

En 1367, sous l’influence d’une part de  Charles IV, empereur romain germanique, et d’autre part de Brigitte de Suède, il retourne à Rome, mais les troubles l’obligent à revenir en Avignon en 1370, où il mourra quelques mois plus tard. C’est ce pape que Saint-Roch de Montpellier a rencontré à Rome.

Le dernier pape français est Grégoire XI. Sainte Catherine de Sienne lui conseille instamment de répondre au vœu de toute la chrétienté et de retourner à Rome, ce qu’il fait en janvier 1377.

À sa mort, en 1378, le conclave se déroule à Rome : Barthélemy Prignani, archevêque de Bari, est élu sous le nom d’Urbain VI sous la pression d’une foule en fureur qui exige un pape italien.

Les 13 cardinaux français déclarent cette élection nulle, et élisent Robert de Genève, cousin du roi de France par sa mère, légat de Grégoire XI en Italie, qui prend le nom de Clément VII et retourne en Avignon.

Ces 2 papes auront leurs successeurs, aucun parti ne voulant céder.

Les cardinaux au concile de Pise (1409) tentèrent de régler le problème et ne parvinrent qu’à imposer un troisième pape qui aura lui-même un successeur : c’est le grand schisme d’Occident qui durera jusqu’à l’élection de Martin V en 1417.

 

12Ecole de Médecine avec le Musée Atger : une riche collection de dessins, dont ceux du Tintoret liés à la vie de Saint-Roch. Sa bibliothèque renferme des manuscrits précieux, dont les plus anciens datent du VIIIe siècle.

13Palais de Justice actuel (remonter par le Peyrou), au début de la rue Foch, à gauche, à l’emplacement du Palais des Rois d’Aragon.

 

En Royaume de France et ailleurs… Une période difficile et des temps troublés.

  • 1346 : Défaite française de Crécy, apparition de la bombarde : premier canon qui projette des boulets en pierre de 500 kilos, naissance de la gabelle (impôt sur le sel)
  • 1347 : Caffa (en Crimée) est assiégée par les Génois, le Khan Kiptchak fait lancer sur les assaillants des cadavres de pestiférés et c’est de là que va partir la terrible peste.
  • 1348 : La peste envahit la France

(Fondation de l’ordre de la jarretière par Édouard III.)

  • 1352 : Ordre de l’étoile fondée par Jean II le bon.
  • 1355 : Le prince noir (fils d’Édouard III, le noir est la couleur de son armure) envahit la Guyenne et le Languedoc,

Nicole Oresme publie De Moneta, traité de philosophie et d’économie.

  • 1356 : Jean II le bon est battu, fait prisonnier à Poitiers et incarcéré à Londres. Le dauphin Charles, qui n’a que 18 ans, doit trouver l’argent pour payer la rançon. Pour cela, il réunit les états généraux. Une suite d’événements provoque la guerre civile et les jacqueries de paysans. Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris en prend la tête.
  • 1358 : Assassinat d’Étienne Marcel, pillage de la Picardie.)
  • 1360 : Paix de Brétigny (près de Chartres) victoire territoriale de l’Angleterre et rétablissement de Jean II le bon dans ses droits de roi de France. Et une rançon de 3 millions d’écus à verser à l’Angleterre (13 tonnes d’or !)

Année de naissance du franc, de 3,88 g d’or et de 24 mm de diamètre, encore appelé le « franc à cheval » (le roi chevauchant sur une face) : le nom vient de son origine, puisque mis en place pour payer la rançon du roi et le rendre libre, c’est-à-dire « franc ».

(1364 Mort de Jean le bon à Londres. Louis, fils du roi retenu en otage contre la libération de son père Jean le bon, s’évade, Jean II le bon se rend à Londres pour honorer sa parole. Il y mourra.)

  • 1368 : Édouard III d’Angleterre reprend le titre de roi de France. Charles V confisque l’Aquitaine ce qui amène le débarquement des anglais à Calais en août 1369.

 

14Rue du Petit Scel, par la rue d’Albisson et Eugène Lisbonne : ancienne cour de justice, le petit sagel créé par Saint Louis.

15Rue Saint Firmin : une des plus anciennes rues de la ville, puis la Rue du Bras de Fer, et son passage voûté, un des derniers exemples d’architecture médiévale.

16Place Saint-Roch et visite du Sanctuaire.

17Place Saint Ravy baie gothique de l’hôtel de Jacquet et fenêtres à meneaux, rue Draperie Rouge.

 

Ici, les Contemporains de Saint-Roch.

  • Saint Vincent Ferrier (1350-1419), prédicateur célèbre, peut être l’instigateur du culte de Saint-Roch à Montpellier.
  • John Wyclif (1320-1384), théologien anglais précurseur de la réforme.
  • Jean Froissart, chroniqueur
  • Catherine de Sienne : deuxième femme et seule laïque proclamée docteur de l’église (après sainte Thérèse d’Avila) conseillère de Grégoire VI et Urbain VI, elle laisse une grande œuvre. C’est la Patronne de l’Italie.
  • Brigitte de Suède : Fondatrice de l’ordre de saint Sauveur, connue par ces interventions auprès des papes d’Avignon –auteur des « Révélations »-. Elle fit les trois pèlerinages majeurs : Jérusalem, Rome, et St Jacques de Compostelle.
  • Bertrand du Guesclin, connétable de France, commandant en chef de l’armée royale. Il débarrassera le royaume des grandes compagnies, se battra contre l’Angleterre et mourra en 1380
  • Gui de Chauliac : Auteur de « la grande chirurgie », médecin de trois papes.
  • Christine de Pisan : Poétesse française
  • Guillaume de Machaut : Un des créateurs de la polyphonie française (messe de Notre-Dame)
  • Audrey Roublev : Peintre d’icône russe

 

18Palais des Rois d’Aragon 10 rue de l’Argenterie (belles voûtes gothiques).

19Place Jean Jaurès, à l’emplacement de Notre Dame des Tables, centre de la vie administrative, économique, intellectuelle, universitaire, et sociale de la ville.

Haut lieu de pèlerinage médiéval, où l’on venait vénérer la Vierge en bois noir ramenée par Guillem VI de croisade. Saint-Roch y fût baptisé. Visiter sa crypte qui fait revivre l’église disparue par une visite virtuelle dans le passé montpelliérain, faisant découvrir l’histoire de la cité.

 

On peut visiter aussi :

– l’hôtel Jacques Cœur, siège de la Société Archéologique de Montpellier.

– le Musée de la Pharmacie, où une vitrine est consacrée à Saint-Roch, patron des apothicaires depuis 1664.

– La Cathédrale de Maguelone (à 10 kilomètres de Montpellier) où Saint-Roch reçut son bâton de pèlerin avant de partir pour Rome. Haut lieu de la chrétienté, ce magnifique édifice roman, dans un site exceptionnel entre mer et étangs, fut le siège de l’Evêché pendant un millénaire, du VIème au XVIème siècle.

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